Doit-on se renier pour être édité ?

CHRONIQUE D’UNE ÉDITION CHAOTIQUE

 

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Je ne fais ici que rapporter des faits, parce que j’en ai besoin pour mettre un point final à toutes ces déconvenues. Que j’aie tort ou raison n’entre pas en ligne de compte : ce sont les faits tels qu’ils se sont déroulés.

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Le 22 janvier 2013, vidée, lessivée par des séances d’écriture intenses, alors que mon si beau métier me brûlait déjà de l’intérieur, j’apposais le mot fin à mon roman les Ignobles.
Après de nombreuses relectures, je présentais ce roman à plusieurs éditeurs généralistes. Je ne savais pas trop dans quelle case le classer : roman contemporain, littérature blanche, drame psychologique, roman LGBT… Quelle est donc la place exacte d’un roman mettant en scène les différences et l’intolérance à laquelle elles sont sujettes ? J’ai fini par trouver. Mais que s’est-il passé avant cet heureux dénouement ?
En janvier 2014, j’envoyais mon roman à son futur éditeur. Pressée d’être éditée ? Oui, je l’étais. J’avais surtout hâte de parler du sujet qui me tenait à cœur, celui des différences. Ce roman était un peu ma façon de militer en faveur des laissés pour compte. Je côtoyais Camille depuis quelques années, et mon métier au plus près de la relation d’aide m’en avait assez appris pour intégrer toutes les différences comme une représentation de la diversité humaine. Je n’avais aucune prétention, aucun orgueil, ni ego surdimensionné comme l’on m’en a accusé. J’avais juste l’amour d’un métier que j’avais transféré dans un roman, à travers des personnages au passé sombre.
La nouvelle, Cas mille (avant-première du roman), paraissait donc à la mi-décembre 2014, chez l’éditeur numérique, en téléchargement gratuit. J’aimais bien l’idée de cette gratuité qui permettait de découvrir le sujet du roman. Puis elle a eu un super accueil, comme le roman d’ailleurs, et ça, mes chéris, c’est à vous et seulement à vous que je le dois. Alors, dès maintenant, je vous dis merci.
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             Tata Vitriol et son cœur d’or
Le 19 janvier 2015, me voilà donc inscrite sur le groupe secret des 140 membres auteurs, toute prête à lancer ma promo avec l’aide et l’appui de mon éditeur. Les débuts sont assez sympathiques, le roman est bien accueilli. Il faut dire que les auteurs, en tout cas un petit groupe d’auteurs, forment une joyeuse bande qui s’entraide. Et ça, c’est formidable. Alors à ceux-là je dis aussi merci. Je peux être intransigeante mais je ne vous oublierai pas, quelles qu’en soient les apparences.
La belle uniformité dérape en mars (2015 pour ceux qui ne suivent pas). Attention, je le redis, je ne donne que mon point de vue. Il n’est pas question d’accusation, mais du processus qui s’est lentement opposé à mes valeurs. Trop vieille pour renoncer à ce qui guide sa vie la Gugu. Et vous ?
Tout se passe sur le groupe des auteurs. L’éditeur veut renoncer à la collection contemporaine car il ne sait pas la vendre. C’est son droit. Il identifie sur le groupe les personnes qu’il ne vend pas (assez ?). En soi, ce n’est pas très grave, sauf quand on se débrouille tout seul avec sa promo, passé l’effusion des premiers jours. Normal, avec 200 titres au catalogue, dans une vingtaine de collections pour une quinzaine de genres, une publication en entraîne une autre au moins une fois par mois. Une image me vient en tête : la voiture qui perd de sa cote à l’Argus dès qu’elle sort de l’usine. Nombre de titres en étaient victimes. Du coup, une question me vient aussi en tête : l’auteur qui a signé un contrat à compte d’éditeur doit-il se débrouiller seul avec sa promo ?
J’avoue que je n’ai pas apprécié d’être identifiée de la sorte, que je l’ai dit, que les paroles en réponse ont été blessantes. C’est là que j’ai appris que j’avais un ego surdimensionné, que je ne voulais qu’on s’occupe que de moi. Je n’ai rien compris au compte d’éditeur ? Admettons.
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        Le ver était dans le fruit
Puis, en voulant faire la promo de Cas mille sur un groupe d’e-book gratuit, est venu la découverte du piratage. Quelle naïve cette Tata Gugu ! Tous les auteurs en sont victimes, oui, je sais. Moi je découvrais. Je découvrais aussi que mon éditeur était inscrit sur ce groupe, sans intervenir. Il me demanda même d’arrêter mes interventions qui « devenaient ridicules ». Il ne fallait pas que je défende les intérêts des auteurs et le mien avec ? OK, c’est vrai que ça ne servait à rien.
La possibilité d’une édition papier pour les Ignobles balaya toutes ces vilaines déconvenues. Quarante précommandes plus loin, j’apprenais que l’éditeur ne souhaitait pas être présent en librairie. Moi si. Un projet pour ce roman pointait le bout de son nez et je ne pouvais me contenter de ce que j’aurais obtenu moi-même en autoédition. À savoir une certaine quantité d’exemplaires arrivant par la poste à mon domicile. Projet en stand-by, annulation des précommandes papier. Le plus difficilement supportable pour moi était à venir.
Je ne précise pas toujours les dates, elles ne sont pas importantes. Tout s’est situé entre janvier 2015 et octobre de la même année. Mon roman sentimental, Azul, est accepté par la directrice de collection de La Romance. Il part en correction, en revient. Je suis en discussion avec l’illustratrice. Tout cela sans même avoir signé le contrat d’édition. Oui, c’est un processus classique chez l’éditeur, la signature du contrat est accessoire.
C’est sans doute cela le problème, car il se trouve qu’après avoir bénéficié du même procédé, un autre auteur décide, à la réception (enfin) du contrat que les termes ne lui conviennent pas. C’est normal non ? Je pose la question une première fois : doit-on se renier pour être édité ? Si les conditions d’édition que te propose l’éditeur ne te conviennent pas, tu ne signes pas. Tu ne signes pas à tout prix, juste pour être édité. Si ?
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Ne nous affolons pas
Citons les faits tels qu’ils se sont déroulés : en janvier, l’éditeur accepte le texte. En mars, la couverture du livre est prête et l’auteur a lui-même envoyé son roman chez la correctrice. En mai, l’auteur reçoit le contrat, relève des points qui ne lui conviennent pas. Après mûre réflexion, il décide de ne pas signer et en informe l’éditeur par mail. Furieux, l’éditeur publie ce message privé, qui lui était uniquement adressé, sur le groupe secret de 140 membres. Bien sûr, il sort l’auteur du groupe, puisqu’il ne veut pas être édité chez lui. C’est normal, il ne fait plus partie ni des auteurs de la maison, ni de ceux qui le seront bientôt. Il aurait pu laisser le temps à l’auteur de se défendre ? Mais il l’a fait… quelques heures. L’auteur ne s’est pas manifesté assez vite, tant pis pour lui.
Qu’aurais-je pu faire dans ce cas ? Me taire ? Malheureusement pour moi, et en regard de ce qui s’était passé précédemment, je n’ai pas su courber l’échine. J’ai défendu l’auteur, puisqu’il ne pouvait plus le faire. J’ai dit ce que je pensais de ce procédé. Seule ou presque. Pas grave, elle a l’habitude, Tata Gugu, elle fait ça depuis qu’elle est Mini Gugu, de défendre ceux qui ne savent pas, n’osent pas, ne peuvent pas. Que peut le serf contre l’écrasante noblesse ? Que peut l’auteur contre le puissant éditeur ? Attention ! je ne parle ici que des gens dotés d’un certain pouvoir et qui se croient tout permis. Je peux y mettre aussi le simple ouvrier face au tout puissant patron. Ce ne sont que des exemples et ce n’est que mon avis.
Silence de ma part pendant un mois sur le fameux groupe d’auteurs. Plus un mot. Je me contente de lire sans commenter. Au bout d’un mois, fin juin, je reçois un mail de mon éditeur m’informant qu’il ne publiera pas ma romance Azul ; que d’ailleurs plus rien venant de ma plume ne sera plus jamais publié par lui. Il m’informe en bref qu’il ne veut plus travailler avec moi. Cela veut-il dire que je peux récupérer les Ignobles si le cœur m’en dit ? Pas de réponse à cette question.
L’été passe, puis septembre. Je suis restée discrète par rapport à tout ce remue-ménage/méninges. Personne ne peut me reprocher d’avoir fait du foin, et pourtant il y avait de quoi. C’est drôle, on m’accuse d’être impulsive, emportée, trop à vif. Cependant, j’aurai mis quelques mois à aborder le sujet.
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Tu n’apprendras donc jamais à te taire !
Je suis toujours inscrite sur le groupe. J’y lis des réflexions qui me posent vraiment question, mais je ne dis rien. Jusqu’au jour où le créateur du groupe publie des informations sur une maison d’édition. Les propos sont moqueurs et à mon sens diffamatoires. Je sors de ma réserve pour le dire, pour m’insurger quand l’administrateur appuie ses propos de nouvelles moqueries. Nous sommes sur un groupe secret, certes, mais je pose la question : un secret partagé reste-t-il toujours un secret ? Un groupe de 140 personnes peut-il, déjà, être un groupe secret ?
Bref, les absents ayant toujours tort, je défends une maison d’édition avec laquelle je n’ai aucune accointance, par principe, parce qu’il y a des choses qui ne se font pas. Bien sûr, une fois de plus, je suis seule, ou presque, et je le paye chèrement. Je suis éjectée du groupe quelques jours plus tard. Bizarrement, je reste auteur dans cette maison d’édition (aux dires de l’éditeur) mais je n’ai plus accès aux demandes d’avis et prises de décisions la concernant. Bien fait pour toi, Gugu !
Quelle conduite tenir après cela, je vous le demande ? Accepter en silence ce qui choque ? Oser protester au risque d’en payer le prix ? Vu que « Les auteurs, je les vois parfois comme des emmerdeurs souvent imbus d’eux-mêmes (non ? La réponse n’est pas bonne ? lol) »
Le 31 octobre 2015, les Ignobles était à nouveau libre de droits.
Je vous raconterai dans un prochain article quelles nouvelles aventures attendent les personnages de cette histoire. Mais gageons que, cette fois, ils seront à leur place.
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11 réflexions sur “Doit-on se renier pour être édité ?

  1. Quand on commence à travailler sur la publication d’un ouvrage sans contrat, sauf cas particulier (quand, en confiance, on est certain que le contrat ne sera pas nuisible), puis refuser de signer parce que les termes ne conviennent pas, forcément ça fâche l’éditeur qui a déjà (bêtement) mis sur la table un certain volume de travail.

    La moindre des choses, si on est un éditeur responsable qui n’a pas envie de se fâcher parce qu’on le laisse tomber (à tort ou à raison) au dernier moment et un auteur qui n’a pas envie de perdre son temps, c’est de poser comme préalable la signature du contrat. Et de bosser sérieusement ensuite.

    Quant à la question « l’auteur qui a signé un contrat à compte d’éditeur doit-il se débrouiller seul avec sa promo ? », la réponse est bien entendu non. Mais certains éditeurs semblent délibérément l’oublier. Et pas mal d’auteurs ont hélas l’air de trouver ça normal.

    PS: Et au fait, puisque dans ce cas précis il n’y a pas eu contrat pour le premier roman, je ne vois pas pourquoi la question vient se poser de savoir s’il était libre ou non. Les Ignobles n’était pas à récupérer puisqu’il n’avait jamais été cédé…

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  2. Eh bien… Bienvenue dans le joyeux monde de l’édition. Un univers bien sympathique.
    En ce qui me concerne, autres maisons, autres déboires, parcours tout aussi chaotique. Mais peut-on en parler librement sans se suicider littérairement ? Je crains que non. C’est un petit monde fermé qui fait toujours payer cher les auteurs, quoi qu’il advienne, et surtout s’ils sont dans leurs droits et entendent les faire valoir.
    Bonne continuation ! Car oui, nous aimons écrire et c’est l’essentiel.

    Aimé par 2 people

    1. Se suicider littérairement, certes, mais Facebook n’est pas la vie. Et dans la vie, personne n’a entendu parler de Huguette Conilh qui un jour raconta ses déboires éditoriaux. C’est ça l’essentiel, aller porter ailleurs le message que l’on a fait passer à travers l’écrit. Croyez-vous que dans votre fnac la plus proche, quelqu’un vous espionne pour trouver une raison de vous refuser une séance de dédicace ?
      Et puis, si en parlant, sans préciser de qui et sans agressivité, seulement en relatant des faits, je peux rendre justice à ceux qui ont peur du « suicide littéraire », je reçois plus que j’ai osé donner.
      Bonne continuation, bonnes fêtes, et faites prendre l’air à vos personnages ; dehors, dans la vraie vie, les lecteurs les attendent.

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  3. Ping: Bilan 2016

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